Je viens de finir ce livre, “le sang du temps” de Maxime Chattam, je pourrais vous parler de l’histoire passionnante mais je vous laisse plutôt découvrir ce passage qui m’a troublé…
” – Ne joue pas à ça avec moi, Jezabel.
- A quoi ?
- Tu le sais très bien ! A ce petit jeu du chaud-froid. Pas avec moi, je te connais trop bien.
Elle reposa sa tartine pour le dévisager.
- Et alors ? Ça ne marche pas ? Ose me dire que ça n’a aucun effet sur toi. Je sais comment faire mal aux hommes, ne me sous-estime pas dans cet art, vous m’êtes transparents. J’ai été curieuse, je vous ai aimés, je vous ai collectionnés, je vous ai observés sous toutes les coutures, et puis, je me suis lassée. Vous m’êtes transparents. Je vois au travers de toi comme au travers de tous les autres. Alors ne viens pas ici pour me solliciter et me dire que je ne produis aucun effet sur toi, sinon pourquoi faire une tête pareille ?
Jeremy se redressa, conscient d’avoir trop baissé le menton. Elle le noyait parmi tous les autres, ne lui donnant aucune importance, elle ne faisait de lui qu’un nom de plus, un plaisir de plus, sans tenir compte de ce qu’il était. Oui, elle avait raison, elle savait s’y prendre pour lui faire mal. C’était exactement ça. Ne pas lui accorder d’importance et agir comme si leur histoire n’avait été qu’un domino de plus dans son jeu à elle.
- Jez… dit-il tout bas après un temps.
Il ne parvint pas à continuer ; elle se mit à manger en l’observant, sans l’aider, attendant de voir quels mots allaient s’extraire de la mélasse qui tournait en lui. Jeremy fit ce qu’il savait être une terrible erreur face à elle. Il baissa les yeux. II échappa à l’étau de ses iris d’émeraude pour balayer du regard les baies donnant sur ses appartements. Derrière elle, la porte vitrée s’ouvrait sur la chambre. Sur un immense lit moelleux dont les draps s’étalaient sur le plancher. Jeremy avala sa salive tandis que le fossé en lui devenait abîme.
- Il… Il est là ? parvint-il à demander.
- Qui ? L’homme qui me donne du plaisir ?
Jeremy voulut la haïr. La détester jusqu’à la bannir de son existence.
Elle n’avait pas dit ” monsieur Keoraz ? ” ou même ” mon mari ? ” ce qui aurait été déjà assez douloureux, non, elle l’avait instrumentalisé pour son plaisir. Ce qui était encore pire. Et elle le savait. Elle savait que Jeremy l’avait aimée par-delà les émotions de l’esprit ou du cœur, jusqu’à considérer leurs jouissances comme la seule matérialisation de cet amour puissant. L’amour charnel avait été tout. Parce qu’elle ne jouait pas dans ces moments-là, c’était l’unique temps de repos, le seul instant où elle était elle-même, à nu, à vif. Et celui qui la possédait dans l’orgasme pouvait contempler son âme véritable.
Cette jalousie-là dépassait toutes celles du quotidien perdu pour Jeremy. Elle le savait. Elle le narguait…”
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